Éditorial TT431Ni Moscou ni Washington : indépendance

Le débat à l’Assemblée nationale sur l’accord France-Ukraine est un galop d’essai. La Constitution stipule en effet qu’en cas d’intervention militaire le gouvernement doit informer le Parlement sous trois jours. Ce 12 mars a donc valeur de répétition avant intervention : toutes les composantes du Parlement sont-elles bien dans le même camp ?
Elles le sont, en effet.
Macronistes, droite, PS et Verts votent pour l’accord Macron-Zelensky. Le RN s’abstient, en désaccord avec certaines clauses. La France insoumise et le Parti communiste, hostiles à l’envoi de troupes, votent contre. Mais tous revendiquent d’être dans le même camp du « soutien à l’Ukraine ».
Passons sur l’hypocrisie qui distingue envoi de troupes et fourniture d’armes et de munitions. Il est notoire que des militaires français sont présents en Ukraine, officiellement des « conseillers ». Rappel : au début des années 1960, les États-Unis reconnaissaient la présence de quelques centaines de « conseillers » au Vietnam ; ils furent finalement 550 000 jeunes Américains – dont 58 000 y perdirent la vie – sacrifiés dans l’intervention impérialiste contre le peuple vietnamien.
Donc, la France est engagée. Partisans ou non de l’accord Macron-Zelensky, tous les groupes ont par leur vote contribué à l’envoi des armes et des munitions à l’Ukraine. Deux cents milliards d’euros lui ont en effet été accordés par les institutions européennes et les États membres. Ont voté en faveur de ces énormes dotations les députés « communistes », « socialistes » et Verts à l’Assemblée nationale et (à sept reprises) les députés « socialistes », Verts et insoumis au Parlement européen. Le député LFI Paul Vannier n’hésite pas à tweeter que LFI est la « seule force contre la guerre », mais que « notre position n’est en rien contradictoire avec un soutien financier et à l’envoi de certaines armes à l’Ukraine agressée » !

Dans le conflit en cours, les travailleurs devraient-ils se ranger dans l’un ou l’autre des camps en présence ?
D’un côté, les rapaces de Moscou : ces brigands de la nomenklatura autour de Poutine ont pillé la propriété d’État pour se constituer d’immenses empires militaro-industriels ; ils envoient à la boucherie la jeunesse russe pour défendre leur droit à occuper une petite place à la table du festin impérialiste.
De l’autre côté, les requins de Washington : ils s’engraissent grâce à l’économie d’armement et prétextent de la « souveraineté de l’Ukraine » pour élargir l’OTAN, coalition militaire dont la principale fonction est de préserver et d’étendre la domination du capital financier des États-Unis.
Le seul camp dans lequel les travailleurs peuvent se ranger, c’est celui des femmes russes qui exigent le retour de leurs frères et maris du front où on les envoie de force, celui des jeunes Ukrainiens de plus en plus opposés à la boucherie en cours.
Nul ne peut prétendre s’opposer à la guerre en votant les crédits de guerre.
Ni Moscou ni Washington, indépendance du mouvement ouvrier !
Pas un sou, pas une arme pour les fauteurs de guerre !
Les centaines de milliards de la guerre pour l’école, pour les hôpitaux !